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manoir-de-quercy

The DayBar · Chapter 7

Le manoir de Quercy n'était plus qu'un organisme affolé, ses murs vibrant de cris, de coups de feu et bientôt de fumée. À l'étage des combles, le vagabond, la jambe et l'épaule trouées par la balle perdue de Herschel, se traînait encore sur le plancher, refusant d'abandonner son heure de gloire. Entre deux gémissements, il continuait de hurler sa théorie sur le sédatif et le personnel du manoir — des mots qui, portés par l'écho des couloirs, allaient bientôt attirer bien plus que la curiosité. Car c'est justement vers cette voix brisée que Grimm Ouzzz, encore convulsé de rage et de conviction délirante, se dirigea. Persuadé désormais que la veuve avait orchestré chaque détail de cette nuit — le poison, la cave, le mot glissé entre deux sanglots —, il grimpa les marches quatre à quatre, les yeux injectés de sang, les mains encore tremblantes du remède qui avait failli le tuer. Sur son chemin, il trébucha sur la silhouette rampante du vagabond, qui hurlait toujours son théorème à qui voulait l'entendre. Dans la pénombre, Grimm ne vit qu'un obstacle, une ombre gênante entre lui et sa vengeance ; ses mains se refermèrent sur la gorge de l'homme blessé avec une force que sa propre agonie récente n'aurait jamais dû lui laisser, et le vagabond, déjà affaibli par la balle, ne put opposer aucune résistance. Il s'éteignit sans un dernier mot, sa théorie emportée avec lui. Grimm, à peine conscient de ce qu'il venait de faire, poursuivit sa course jusqu'à la chambre de la veuve, défonça la porte d'un coup d'épaule et se jeta sur elle avant qu'elle ne puisse crier. Ses doigts se refermèrent sur son cou avec une précision terrifiante, une détermination née de trois verres de porto, d'un poison mal digéré et d'une jalousie devenue folie — et la femme, prise totalement au dépourvu, s'effondra sous son emprise, son dernier souffle se perdant dans le silence complice de la maison. Dans la cuisine, Olrik Von Abgrund, cierge en main, achevait sa prière au moment où l'allumette toucha enfin le sol imbibé d'alcool. Les flammes jaillirent avec une avidité que même lui n'avait pas anticipée, léchant les rideaux, grimpant le long des meubles avec une vitesse qui trahissait davantage le chaos que la purification sereine qu'il avait espérée. Le vent s'engouffrant par une fenêtre entrouverte propagea l'incendie bien au-delà de son cercle de prière, menaçant déjà le corridor voisin. Alerté par la fumée et par les échos du coup de feu qui venait de retentir à l'étage, un domestique paniqué surgit avec un seau d'eau, en aspergeant Olrik avant même que le feu n'ait pu accomplir son œuvre. Toussant, aveuglé, tiré sans ménagement hors de la pièce en flammes, l'antiquaire se retrouva à moitié conscient dans le corridor, sa prière brisée net, son martyre serein transformé en une fuite grotesque et douloureuse — le manoir brûlait, mais pas de la manière qu'il avait imaginée, et lui-même restait bien vivant, hanté par l'échec de sa dernière rédemption. Non loin de là, Cédric, guidé par le cri du vagabond puis par la détonation de Herschel, crut enfin tenir la clé de l'énigme : cet homme, qu'il tenait pour le meurtrier de son "collègue palmé", se tordait justement de douleur dans le couloir voisin. Brandissant le pistolet trouvé plus tôt dans la journée, il hurla un avertissement théâtral pour que des témoins puissent constater la scène — mais dans la confusion de la fumée montante et des ombres dansantes, son geste trembla. L'arme se déchargea trop tôt, la détonation se perdant dans le vacarme général, et l'homme qu'il visait — déjà mourant sous les mains de Grimm quelques instants plus tôt — ne réagit même pas. C'est une autre silhouette, surgie de la pénombre enfumée, qui profita de sa distraction : un coup violent, inattendu, le désarma et le terrassa. Cédric s'effondra, son sang se répandant sur le plancher de bois tandis que, dans un dernier geste de défi, il traça avec un doigt tremblant quelques mots sanglants sur les lattes : *"Olrik... le prochain..."* — une accusation qu'il n'aurait plus jamais l'occasion de développer. Pendant ce temps, dans la pièce où gisait encore le corps du canard exorcisé, le palmipède bipède, la nuque raide mais l'esprit affûté, entreprit d'interroger Alec Van Burn sur les circonstances exactes de sa résurrection ratée. L'industriel, encore prostré contre le mur, brisé par la culpabilité, finit par tout avouer — le Grand Livre Noir, l'incantation, l'ombre qui s'était glissée avec le sortilège — sa voix hachée par les sanglots. Le canard, avec une patience presque clinique, nota chaque détail, proposant une collaboration sincère pour démêler enfin cet écheveau de morts et de mystères. Alec, trop épuisé pour refuser, accepta d'un signe de tête — un pacte fragile scellé entre un homme brisé et une créature qui n'aurait jamais dû revivre. Mais à peine cette alliance conclue, une odeur âcre de fumée se glissa sous la porte, et les deux enquêteurs échangèrent un regard inquiet : quelque chose brûlait, quelque part, et le temps commençait à leur manquer. Sylvana, encore essoufflée par son évasion du conduit d'aération, suivit l'écho du coup de feu et bientôt celui, plus insidieux, de l'odeur de brûlé qui envahissait les couloirs. Elle pressa le pas, les narines frémissantes, sentant confusément que la nuit n'avait pas fini de dévoiler ses horreurs — et que, cette fois, la vérité et le danger avançaient côte à côte vers elle.